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Antonin Jousse
Ph.D. Candidate - Visual Artist

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What's my thesis about?
Short text about in English and French the subject of my thesis entitled "Interactivity in digital art, an aesthetics of control".


[EN]
Interactivity in Digital Art, an Aesthetic of Control

Digital art is not understood here as a particular artistic category, but rather as a practice of digital as a distinguished medium in artistic practice since the 1960s. This trend is itself not without evolutions and variants: the synthetic images produced since the 1970s, the net art of the 1990s or the interactivity of the 2000s are all examples of practices as well as techniques and positioning in the face of these emerging technologies. The constant being that these artists all aim to question these so-called digital tools, whether as producers of new aesthetics, new social phenomena or behavioural transformations. The digital is thus emerging as a medium through its capacity to use the essential characteristics of the medium, which are "its idiotic particularity and its true material dimension"[1]. It is within this idea of the digital as a medium - and not as a class separate from contemporary creation - that this study is taking place. This research studies precisely a pivotal transformation of contemporary creation during the years 2010 and a disappearance - or rather a transformation, as this research shows - of the use in artistic practice of interactivity and of this notion.

Let's come back to this notion of interactivity by taking up Jean-Louis Weissberg's work in the early 2000s. With a research team, he constructed this definition:

« I define interactivity very broadly as dialogue with a program that governs access to data. ...] Interactivity must therefore be considered as a property of the technical computer system located in the intimate structure of the computer program and not, too vaguely, in the man-machine relationship. »[2]

Interactivity as a profound characteristic of digital is also the conclusion drawn by Lev Manovich[3] in 2001 and becomes a fundamental element of artistic practice in the 2000s. Many artists will start to develop interactive installations taking into account a spectator and then group situations. The artists study this behavioural logic of the spectator in front of the digital machine. Sometimes relayed in the background as a practice of more entertainment than contemporary art, interactivity is nevertheless an important movement of this period. It will however "run out of steam" or rather be transformed in the years 2010 to finally move away from a direct interactivity of the public and redirect itself towards Weissberg's definition of interactivity as a fundamental characteristic of digital. The public will therefore not necessarily interact directly with the device, but the latter can take charge of a certain amount of external information such as its presence, its actions, data captured on the Internet in real time, the artist's interactivity with a program, interactivity at the heart of the program, etc. The public will therefore not necessarily interact directly with the device, but it can take charge of a certain amount of external information such as its presence, its actions, data captured on the Internet in real time, the artist's interactivity with a program, interactivity at the heart of the program, etc. The public will therefore be able to interact directly with the device. Interactivity does not disappear, it changes scale. It moves from a system of action-reaction between the audience and the work to a much more complex system of micro-control of elements or data in relation to each other.

It is here that the notion of control present in the title plays an important role in the observation of this contemporary practice because it complements the definition of interactivity. Control is defined along four axes: verification of content, surveillance of an individual, self-control and the ability to steer a vehicle. Interactivity not only allows these forms of control to be exercised, but is even the culmination of its effectiveness in doing so. This issue is a central societal element in our digital practices and in the practices of contemporary artists. It is finally in this evolution of practices that this analysis is situated. Even if from a global point of view interactivity as direct action of the spectator seems to have strongly declined among artists, in a finer analysis we can distinguish to what extent it remains at the heart of reflections and aesthetics. This thesis attempts to analyse this phenomenon by analysing the work of artists since the end of the 1990s, then focusing on the period of the 1990s. It is in the variety of aesthetics that this research identifies this tendency, both artistic and social, to question this notion of control in all its particularities: aesthetic, social, historical and digital.


NOTES:
[1] Michel Guérin, Qu’est-ce qu’un médium artistique ?, in « Appareil » [En ligne], n°17, 2016, mis en ligne le 11 juillet 2016, consulté le 18 février 2019, http://journals.openedition.org/appareil/2308 ; DOI : 10.4000/appareil.2308
[2] WEISSBERG, Jean-Louis, Qu’est-ce que l’interactivité ? Eléments pour une réponse [en ligne], in « Textes et présentation de dispositifs », 2002, consulté le 10 mai 2019, http://hypermedia.univ-paris8.fr/seminaires/semaction/seminaires/txt02-03/seance2/seance2.htm
[3] MANOVICH, Lev, Le langage des nouveaux médias, Dijon, Les presses du réel, 2010 [2001], 605 pages.






[FR]
L’interactivité dans l’art numérique, une esthétique du contrôle

L’art numérique n’est pas entendu ici comme une catégorie artistique particulière, mais plutôt comme une pratique du numérique comme médium distinguée dans la pratique artistique depuis les années 1960. Cette tendance n’est elle-même pas sans évolutions ni variantes : les images de synthèses produites dès les années 1970, le net art des années 1990 ou encore l’interactivité des années 2000, sont autant d’exemples de pratiques que de techniques et de positionnement face à ces technologies émergentes. La constante étant que ces artistes ont toutes et tous comme objectif de venir questionner ces outils dits numériques, que ce soit comme producteur de nouvelles esthétiques, de nouveaux phénomènes sociaux ou de transformations comportementales. Le numérique se dégage donc comme médium par sa capacité à utiliser les caractéristiques essentielles du médium que sont « sa particularité idiotique et sa véritable dimension matérielle »[1]. C’est dans cette idée du numérique comme médium – et non pas comme une classe séparée de la création contemporaine – que se déroule cette étude. Cette recherche étudie justement une transformation charnière de cette création contemporaine durant les années 2010 et une disparition – ou plutôt une transformation comme le montre cette recherche – de l’usage dans la pratique artistique de l’interactivité et de cette notion.

Venons-en justement à cette notion d’interactivité en reprenant les travaux de Jean-Louis Weissberg au début des années 2000. Il construit avec une équipe de recherche cette définition :

« Je définis, de manière très large, l’interactivité comme le dialogue avec un programme lequel gouverne l’accès à des données. […] L’interactivité doit donc être considérée comme une propriété du système technique informatique localisée dans la structure intime du programme informatique et non, de manière trop vague, dans le rapport homme-machine. »[2]

L’interactivité comme caractéristique profonde du numérique est également la conclusion tirée par Lev Manovich[3] en 2001 et devient un élément fondamentale de la pratique artistique des années 2000. Bon nombre d’artistes vont commencer à développer des installations interactives prenant en compte un spectateur puis des situations de groupe. Les artistes étudient cette logique comportementale du spectateur face à la machine numérique. Parfois relayée au second plan comme une pratique d’avantage de divertissement qu’à de l’art contemporain, l’interactivité est pourtant un mouvement important de cette période. Elle va cependant « s’essouffler » ou plutôt se transformer dans les années 2010 pour finalement s’éloigner d’une interactivité directe du public et se rediriger vers la définition de Weissberg d’une interactivité comme caractéristique fondamentale du numérique. Le public ne va donc pas nécessairement directement interagir avec le dispositif mais ce dernier peut prendre en charge un certain nombre d’informations extérieures comme sa présence, ses actions, des données captées sur Internet en temps réel, l’interactivité de l’artiste avec un programme, l’interactivité au cœur du programme, etc. L’interactivité ne disparaît pas, elle change d’échelle. Elle passe d’un système d’action-réaction entre le public et l’œuvre vers un système beaucoup plus complexe de micro-contrôle d’éléments ou de données les unes par rapport aux autres.

C’est ici que la notion de contrôle présente dans le titre joue un rôle important pour l’observation de cette pratique contemporaine car elle complète la définition d’interactivité. Le contrôle se définie selon quatre axes : la vérification d’un contenu, la surveillance exercée sur un individu, le contrôle de soi et la faculté à diriger un véhicule. L’interactivité non seulement permet d’exercer ces formes de contrôle mais elle en est même le point culminant de par son efficacité à le faire. Cette problématique est un élément sociétal central dans nos pratiques numériques et dans les pratiques des artistes contemporains. C’est finalement dans cette évolution des pratiques que cette analyse se situe. Même si d’un point de vue globale l’interactivité en tant qu’action directe du spectateur semble avoir fortement décliné chez les artistes, dans une analyse plus fine nous pouvons distinguer à quel point elle reste au cœur des réflexions et des esthétiques. Cette thèse tente d’analyser ce phénomène à partir de l’analyse des travaux d’artistes depuis la fin des années 1990, se concentrant ensuite vers la période des années 2010. C’est dans la variété des esthétiques que cette recherche repère cette tendance, à la fois artistique et sociale à questionner cette notion de contrôle dans toutes ses particularités : esthétique, sociale, historique et numérique.


NOTES:
[1] Michel Guérin, Qu’est-ce qu’un médium artistique ?, in « Appareil » [En ligne], n°17, 2016, mis en ligne le 11 juillet 2016, consulté le 18 février 2019, http://journals.openedition.org/appareil/2308 ; DOI : 10.4000/appareil.2308
[2] WEISSBERG, Jean-Louis, Qu’est-ce que l’interactivité ? Eléments pour une réponse [en ligne], in « Textes et présentation de dispositifs », 2002, consulté le 10 mai 2019, http://hypermedia.univ-paris8.fr/seminaires/semaction/seminaires/txt02-03/seance2/seance2.htm
[3] MANOVICH, Lev, Le langage des nouveaux médias, Dijon, Les presses du réel, 2010 [2001], 605 pages.